Je me vois aujourd’hui dans l’obligation de prendre la parole en ma qualité d’artiste, auteur et compositeur, afin de dissiper une confusion née à la suite d’une interview télévisée au cours de laquelle un artiste s’est présenté comme l’auteur-compositeur de l’œuvre Mamadou Yalti Golé.
Artiste formé, informé et directement concerné par l’histoire de cette œuvre, il est de mon devoir, avec responsabilité, respect et preuves à l’appui, de rétablir les faits.
Mesdames et Messieurs, chers mélomanes, animateurs et acteurs culturels,
Exercer les métiers de l’art et de l’animation culturelle exige, avant tout, la connaissance de son histoire et la maîtrise de son propre parcours. L’ignorance ou la déformation des faits ne nuit pas seulement aux personnes concernées : elle porte également atteinte à l’ensemble de la culture guinéenne.
Lorsque tu quittais Télimélé pour être inscrit au collège de Koloma en 2004, j’étais déjà lycéen dans ce même établissement, reconnu comme une référence culturelle. À cette période, j’étais régulièrement sollicité pour encadrer et accompagner les élèves — dont toi — lors des répétitions et activités artistiques.
Mamadou Soley fut d’ailleurs le seul collégien invité à se produire aux côtés des lycéens, grâce à mon mentor Mohamed V. Camara, de passage avec les élèves de Kipé.
Au début des années 2000, alors que nous étions encore collégiens, notre compagnie Les Messagers du Temps s’était déjà imposée sur la scène culturelle nationale. Nous avons participé à de grands événements, notamment au Centre culturel franco-guinéen, au Palais du Peuple et à plusieurs manifestations majeures, parmi lesquelles :
• le Festikaloum, sous l’égide du ministre Amirou ;
• La Nuit du Rire, à travers l’émission Rions un peu sur la RTG, réalisée par Dr Lamine Coman ;
• les Rencontres théâtrales de feu Fanyé Touré, où nous avons remporté la médaille d’or en langue française, remise au Musée national de Sandervalia par feu Fodé Soumah, alors ministre de la Jeunesse, des Sports et de la Culture.
C’est dans ce contexte qu’est né le sketch Mamadou Yalti Golé, au sein duquel j’ai interprété et chantonné la musique qui sera par la suite diffusée sur l’unique chaîne de télévision de l’époque. L’œuvre a rapidement dépassé le simple cadre du divertissement pour devenir une référence populaire. À ce titre, je ne saurais être considéré comme un figurant, mais bien comme un acteur central et une référence artistique de cette création.
Par la suite, mon film Mamadou en ville, œuvre fondatrice dont est issu Mamadou Thug, a été tourné en novembre 2006. J’y ai de nouveau interprété le morceau, notamment dans la séquence tournée derrière la cour de mon patron Bangoura. Le film a été distribué par la maison Guinée Image (Dixinn) en mai 2007.
L’album Mamadou Yalti Golé, quant à lui, est sorti en 2008.
Ces éléments chronologiques suffisent à démontrer l’importance, pour les journalistes et animateurs culturels, de mener des recherches sérieuses avant toute prise de parole sur un plateau de télévision. Par modestie, je me suis longtemps tu. Pourtant, je demeure un témoin privilégié et une mémoire vivante de notre culture, ce qui justifie aujourd’hui ma responsabilité au sein de la deuxième institution de la République, le CNT.
L’artiste concerné a fait ses débuts au sein de la troupe Welilan, dirigée par mon collègue Mamadou Aliou Barry, dit Sarsan ou Modi Péthé, actuel président de notre faîtière ATAG, fondée en avril 2007 avec huit troupes et compagnies, toutes témoins de mes propos.
L’album Mamadou Yalti Golé a été enregistré à Cosa Carrefour Mowlanan, chez Pathé Moloko, produit par Moloko Record et CDS.
Avant toute dédicace, un protocole d’accord formel a été signé à Bhantal Diama Production (actuel restaurant Doff, à Cosa), entre :
• la compagnie Les Messagers du Temps ;
• la troupe Welilan ;
• Moloko Record.
Cet accord a été transmis au BGDA en 2008, alors dirigé par la légende Riyad Challoub. La dédicace de l’album au Cinéma Liberté s’est tenue avec l’aval officiel de notre compagnie, sous la direction artistique de notre aîné Pathé Moloko.
Depuis toutes ces années, je n’ai jamais saisi la presse ni engagé la moindre action en justice. Je mets quiconque au défi d’affirmer que j’ai réclamé des droits d’auteur ou intenté une procédure judiciaire. Je n’ai jamais revendiqué un seul franc.
Ce que je réclame aujourd’hui — et uniquement cela —, c’est le respect et la reconnaissance.
À ceux qui évoquent les droits d’auteur sans en maîtriser le fonctionnement, je rappelle que l’adhésion au BGDA ne fait pas de l’artiste un salarié. Elle permet uniquement de percevoir des retombées lorsque l’œuvre est exploitée. Informons-nous, par respect pour la vérité, et cessons les spéculations et contre-vérités.
Je rappelle également les propos de Koto Pathé Moloko lors de notre rencontre à Bhantal Diama Production :
« Mamadou, si je suis aujourd’hui Pathé Moloko, c’est grâce à ton frère. Tu viens d’une grande famille. Nous te demandons de faire profil bas et de ne pas empêcher cet orphelin de sortir son album. »
Malgré notre profond désaccord — car une œuvre artistique engage l’éternité —, nous avons accepté par esprit de grandeur. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle notre compagnie n’a pas assisté à la dédicace. Pour ma part, je m’y suis rendu, vêtu d’un leppi, à moto, accompagné de mon ami d’enfance Mamadou Coupa Barry.
Enfin, je tiens à rappeler une vérité fondamentale : tu n’es jamais monté sur scène devant moi sans que je ne t’accompagne, tant sur le plan artistique que matériel. Même en dehors des prestations, je t’ai toujours respecté, soutenu et considéré, parce que tu faisais revivre une œuvre issue de ma création — sans jamais rien te demander en retour.
La culture ne peut se construire sans mémoire, sans reconnaissance et sans respect envers ceux qui l’ont bâtie. C’est une responsabilité morale que chaque artiste se doit d’assumer. Plus encore, notre pays a besoin d’animateurs culturels professionnels, capables d’informer, d’éduquer et de transmettre les valeurs de notre patrimoine.
Honorable Elhadj Mamadou Thug
Artiste comédien
Membre du CNT




