Inauguré le 30 septembre à Camayenne, le Parc urbain de Conakry fait l’objet d’un différend entre l’entreprise guinéenne VIDERI ENTERPRISE et Rio Tinto. L’ancien directeur du projet pour VIDERI, Kaba Sidibé, évoque des marchés résiliés, des prestations qu’il estime impayées et des procédures judiciaires engagées pour faire constater les travaux réalisés.
Le Parc urbain de Conakry, situé à Camayenne, est désormais ouvert au public. Cet espace de loisirs comprend notamment des terrains multisports, un lac, des passerelles et un bâtiment d’accueil. Cependant, derrière cette réalisation, un différend oppose VIDERI ENTERPRISE à Rio Tinto, maître d’ouvrage délégué du projet, selon les éléments communiqués par l’entreprise guinéenne.
Dans un entretien accordé à notre rédaction, Kaba Sidibé, ingénieur et ancien directeur du projet pour le compte de VIDERI ENTERPRISE, revient sur les difficultés rencontrées pendant l’exécution du chantier. Il évoque notamment des désaccords liés aux études techniques, à la résiliation des marchés et au règlement des prestations réalisées.
Des interrogations sur les études techniques
Selon les documents présentés par VIDERI ENTERPRISE, le projet reposait sur un protocole signé le 17 novembre 2022, confiant à Rio Tinto la maîtrise d’ouvrage déléguée. La conception avait été attribuée au cabinet GRAPHEM.
L’entreprise affirme que des difficultés sont apparues concernant la disponibilité de certaines études et la validation des documents techniques. Elle cite notamment des correspondances échangées entre octobre et décembre 2023, ainsi que des observations formulées par des bureaux de contrôle.
« On ne terrasse pas un site côtier sans connaître le sol et le comportement de l’eau », soutient Kaba Sidibé, qui insiste sur l’importance des études géotechniques et hydrologiques dans la préparation du chantier.
VIDERI met également en question les conditions d’intervention du cabinet GRAPHEM. Elle se réfère à une correspondance de l’Ordre national des architectes de Guinée, datée du 13 mai 2024, concernant la situation professionnelle de GRAPHEM GUINÉE SARL.
Ces éléments constituent les griefs de VIDERI ENTERPRISE. Leur portée et les responsabilités éventuelles des intervenants restent à apprécier au regard des documents techniques et contractuels, ainsi que des explications des sociétés concernées.
Des marchés résiliés en mars 2024
VIDERI ENTERPRISE affirme que ses marchés ont été résiliés par courriel le 29 mars 2024, alors que le contrat de terrassement devait encore se poursuivre pendant plusieurs mois.
L’entreprise soutient avoir réalisé différentes prestations entre octobre 2023 et février 2024, notamment des travaux de terrassement, de démolition, de dégagement du site, d’évacuation des gravats, de transport de latérite et de préparation du terrain.
Elle indique avoir mobilisé 52 véhicules, engins et équipements pour les besoins du chantier. Selon Kaba Sidibé, les quantités exécutées et les montants correspondants doivent faire l’objet d’une évaluation contradictoire entre les parties.
L’entreprise dénonce également l’absence de règlement intégral des prestations qu’elle estime avoir effectuées et conteste les conditions dans lesquelles ses marchés ont été interrompus.
La détermination des sommes éventuellement dues nécessite toutefois l’examen des contrats, des décomptes, des pièces justificatives et des éventuelles réserves techniques.
Des ouvrages contestés par l’entreprise
Au-delà des réclamations financières, VIDERI ENTERPRISE affirme que certains ouvrages figurant dans les plans de conception ne se retrouvent pas dans le parc livré.
Elle cite notamment un dalot destiné à recueillir les eaux usées des riverains, un autre prévu pour alimenter le lac depuis la mer, un mirador, une passerelle d’accès depuis la route nationale et le rechargement de la plateforme sur une couche filtrante.
L’entreprise estime que ces différences doivent être examinées à partir des plans définitifs, des modifications éventuellement approuvées et des documents décrivant les ouvrages effectivement réalisés.
VIDERI signale également des anomalies visuelles sur certains équipements sportifs, notamment des traces d’oxydation sur des cercles de basket et des dégradations autour de pieds de poteaux. Elle précise qu’il ne s’agit pas de conclusions issues d’une expertise technique.
Une évaluation indépendante permettrait de déterminer la nature de ces observations et leur éventuelle incidence sur la conformité des installations.
Des procédures judiciaires engagées
Face à ce qu’elle considère comme des difficultés de réception et de règlement de ses travaux, VIDERI ENTERPRISE a engagé des procédures judiciaires.
Selon les informations communiquées par l’entreprise, le Tribunal de commerce a rendu, le 11 juillet 2024, une décision ordonnant la réception des travaux dans un délai de quatorze jours, sous astreinte de 10 millions de francs guinéens par jour de retard.
VIDERI affirme que cette astreinte a ensuite été liquidée à hauteur de 1,95 milliard de francs guinéens. Elle indique également que la Cour d’appel a confirmé la décision et que la Cour suprême a rejeté une demande de sursis à exécution.
Par ailleurs, selon l’entreprise, le Tribunal de commerce s’est déclaré incompétent le 19 septembre 2024 pour examiner le litige au fond, après que Rio Tinto a invoqué une clause compromissoire prévue dans les contrats.
Cette décision renvoie le différend vers le mécanisme d’arbitrage prévu contractuellement, selon les éléments présentés. Elle ne permet pas, à elle seule, de conclure au bien-fondé ou au caractère infondé des réclamations de VIDERI.
Les décisions judiciaires intégrales restent nécessaires pour préciser la portée exacte des mesures prononcées et la situation actuelle de la procédure.
VIDERI sollicite une médiation de l’État
Malgré le différend, VIDERI ENTERPRISE affirme souhaiter une issue permettant de clarifier la situation contractuelle et financière du chantier.
L’entreprise sollicite une médiation de l’État afin que les prestations réalisées soient évaluées, que les désaccords techniques soient examinés et que les obligations des différentes parties soient précisées.
Pour Kaba Sidibé, l’enjeu est notamment de procéder à un métré contradictoire, permettant aux parties de comparer leurs relevés et de déterminer les quantités réellement exécutées.
Une telle démarche devrait tenir compte des contrats, des avenants, des études techniques, des décomptes et des procédures judiciaires ou arbitrales applicables.
Rio Tinto et GRAPHEM attendus sur leurs explications
Les réclamations formulées par VIDERI ENTERPRISE concernent principalement la préparation technique du chantier, la résiliation des marchés, l’évaluation des prestations et les modalités de réception des travaux.
Rio Tinto et GRAPHEM sont ainsi attendus pour apporter leurs explications sur les points soulevés par l’entreprise guinéenne. La position des autorités pourrait également contribuer à éclairer les conditions de réalisation et de suivi du projet.
À ce stade, les éléments présentés reflètent principalement la version de VIDERI ENTERPRISE. Les réponses des sociétés mises en cause et l’examen des pièces contractuelles et judiciaires sont nécessaires pour établir une appréciation complète du différend.
Le Parc urbain de Conakry constitue une nouvelle infrastructure de loisirs pour les habitants de la capitale. Reste désormais à clarifier les réclamations liées à son exécution et à déterminer, conformément aux procédures applicables, les suites à donner aux demandes de VIDERI ENTERPRISE.
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