Dans le cadre des activités de conservation et de restauration de la biodiversité liées au projet Simandou, Rio Tinto et Simfer développent un programme de multiplication et de préservation des espèces végétales indigènes. À Canga, une pépinière accueille notamment des plantes rares ou endémiques, avec l’ambition de contribuer à la restauration des écosystèmes naturels dans la zone d’exploitation des blocs 3 et 4.
Alors que l’exploitation du minerai de fer se poursuit sur les blocs 3 et 4 du projet Simandou, la préservation de la biodiversité végétale constitue un autre volet des activités engagées sur le terrain. À Canga, les équipes spécialisées travaillent à la production de plants issus d’espèces natives et indigènes, dans le but de contribuer à leur conservation et à leur réintroduction dans différents milieux naturels. Aucune espèce exotique n’est introduite dans cette pépinière.

Les résultats enregistrés témoignent de l’ampleur du travail réalisé. Pour l’année en cours, 8 000 plants appartenant à 27 espèces végétales ont été produits. Une attention particulière est accordée aux espèces présentant un enjeu de conservation, notamment celles dont l’habitat naturel est limité à la zone de Simandou.
Denise Molmou, spécialiste flore à Rio Tinto et responsable de la pépinière, explique que cette démarche répond également à un objectif scientifique et socio-économique : maîtriser les techniques de multiplication des espèces végétales utilisées par les communautés locales, notamment à des fins médicinales, alimentaires ou comme matériaux de construction.
Un partenariat scientifique avec Kew Gardens depuis 2005
La conservation de la flore de Simandou repose également sur un important travail d’inventaire, de recherche et de documentation scientifique. Depuis 2005, Rio Tinto collabore avec Kew Gardens, une institution internationale spécialisée dans la recherche botanique et la conservation de la biodiversité végétale.
Cette collaboration a permis de recenser environ 1 400 espèces végétales dans la zone de Simandou. Parmi elles, 42 présentent un enjeu particulier de conservation. Certaines sont classées dans les catégories « en danger critique », « en danger » ou « vulnérable ».
Pour assurer leur suivi, les spécialistes utilisent notamment des tableaux phénologiques qui renseignent sur les différentes phases de développement des plantes, notamment la floraison et la fructification. Ces observations permettent de déterminer les périodes favorables à la collecte des graines et de mieux organiser leur conservation.
Après leur collecte, les graines subissent des traitements spécifiques. Des tests de germination sont ensuite réalisés tous les six mois afin de vérifier leur viabilité et leur capacité à produire de nouveaux plants.
Une conservation répartie entre la Guinée et l’étranger
Le dispositif repose sur une stratégie de conservation partagée entre plusieurs institutions et sites naturels.
Selon Denise Molmou, les graines collectées sont réparties en trois lots. Le premier est destiné à Kew Gardens pour une conservation à long terme. Le deuxième est confié à l’Herbier national de Guinée, afin de renforcer les capacités nationales de conservation. Le troisième reste à Canga, où il est utilisé pour les besoins de conservation et les expérimentations.
Certaines graines sont également acheminées vers des espaces naturels, notamment le mont Nimba, le Ziama, Tibé, Tendéni et le mont Béro, situé entre Nzérékoré et Beyla. Ces opérations permettent d’évaluer la capacité des espèces à se développer dans d’autres environnements naturels.
Cette démarche est particulièrement importante pour les espèces endémiques, dont la présence géographique est souvent très limitée.
« Notre objectif est de chercher à comprendre comment multiplier ces espèces, vu que la plupart des espèces sont d’importance socio-économique, utilisées par les communautés », explique Denise Molmou.
La spécialiste souligne toutefois que la multiplication de certaines plantes reste complexe. Les équipes doivent d’abord maîtriser leurs conditions de germination, puis suivre leur croissance avant toute transplantation. Un changement d’habitat peut en effet compromettre leur survie si les conditions écologiques nécessaires à leur développement ne sont pas réunies.
L’Erythroxylum, une espèce endémique au cœur des efforts de conservation
Parmi les plantes faisant l’objet d’une attention particulière figure l’Erythroxylum, une espèce endémique découverte à Simandou en 2012. Selon les observations communiquées par la spécialiste, plusieurs recherches menées avec des experts, notamment ceux de Kew Gardens, n’ont pas permis de confirmer sa présence dans d’autres zones.
Sa multiplication représente un défi supplémentaire en raison de sa faible production de graines. Les récoltes dépassent difficilement une centaine de graines par an. Autre particularité : cette plante ne se développe qu’après le passage du feu de brousse, selon les observations présentées par les équipes.
Ce phénomène illustre la complexité des relations entre certaines espèces végétales et leur environnement. Si les feux de brousse peuvent dégrader les habitats naturels, ils jouent également un rôle dans le cycle de développement de certaines plantes.
La pépinière abrite aussi la rose de Ouéléba, une espèce qui, selon Denise Molmou, n’a été identifiée qu’au niveau de cette localité. Les premières floraisons ont déjà été observées et certains plants sont en phase de fructification. Des analyses sont envisagées pour comparer les capacités germinatives des graines produites à Ouéléba et celles issues des plants développés à Canga.
Au-delà de la pépinière, un enjeu de restauration écologique
Pour les équipes engagées dans ce programme, la production de plants ne constitue qu’une étape d’un processus plus large. L’inventaire des espèces, la collecte des graines, leur conservation, les tests de germination, la multiplication en pépinière et les expérimentations sur différents sites forment un dispositif complémentaire.
La priorité accordée aux espèces rares et endémiques s’explique notamment par la réduction de certains habitats naturels dans la zone du projet. « Nous avons donné la priorité aux espèces de conservation, tout simplement parce qu’on est en train de perdre l’habitat de certaines espèces qui sont vraiment uniques dans la zone et que nous n’avons pas la possibilité de les trouver ailleurs », souligne Denise Molmou.
À travers ces activités, Rio Tinto et Simfer entendent contribuer à la préservation du patrimoine végétal de Simandou et à la restauration des écosystèmes naturels concernés par le projet minier. Un travail scientifique de longue haleine, dont les résultats dépendront notamment de la capacité à assurer la survie des plants et leur adaptation aux différents milieux de réintroduction.
Barry 3, pour miroirguinee.com



